Alors que le gouvernement chinois renforce sa supervision sur le secteur des plateformes de vente en ligne et notamment des moyens de paiement, il continue d’avancer en parallèle sur son macro-projet de monnaie numérique.

Un projet d’État ambitieux à la fois sur le plan national et international

La monnaie digitale aux caractéristiques chinoises – aurait-il pu en être autrement ? – est un projet d’État, emmené par la Banque centrale du pays (désignée par son acronyme anglais PBoC) et en particulier le Digital Currency Research Institute (DCRI), un département créé en janvier 2017 avec pour mission d’abord d’étudier la faisabilité d’un tel projet à l’échelle nationale, puis établir sa mise en œuvre si les voyants étaient au vert. La PBoC est donc à l’origine de l’émission de la monnaie numérique, qui viendrait se substituer, et non s’ajouter, à la masse monétaire globale en circulation en Chine. Le gouvernement a ainsi à sa disposition un outil qui lui permet officiellement de mesurer plus finement la masse de monnaie en circulation mais surtout de renforcer son contrôle sur les transactions et sur sa population, vidant de sa substance qui avait fait l’un des grands atouts du Bitcoin : la garantie de l’anonymat de ses porteurs.

Pékin œuvre également pour un usage international du yuan numérique avec la volonté de ne pas le lier au système financier mondial, où le dollar américain règne en maitre depuis la Seconde Guerre mondiale. « Nous devons être prévoyants si nous voulons protéger la souveraineté de notre monnaie et le statut de monnaie légale« , explique Mu Changchun, à la tête du DCRI. Huang Yiping, directeur du centre sur la finance digitale de l’Université de Pékin, renchérit « pour les paiements transfrontaliers par exemple, il sera moins cher et beaucoup plus pratique d’utiliser la monnaie numérique, elle devrait donc être très rapidement acceptée pour ce type de transactions. Ce sont ces dernières qui vont aider à l’internationalisation du yuan. » Il ajoute, lucide : « n’oublions pas que si la banque centrale est certes en train de déployer sa monnaie numérique, cela ne signifie pas que la monnaie est effectivement internationalisée, c’est une chose sur laquelle nous avons besoin de continuer de travailler ».

Comme le souligne également des analystes et économistes américains : la digitalisation en elle-même ne fait pas du yuan un rival du dollar dans les virements de banque à banque. Mais dans sa nouvelle incarnation, le yuan pourrait gagner du terrain aux marges du système financier international. Il pourrait aussi apparaître comme une option pour les résidents de pays en développement pour transférer de l’argent à l’international. Un usage international même limité pourrait même assouplir un peu les sanctions économiques américaines utilisées de manière croissante ces dernières années à l’encontre d’entreprises ou d’individus chinois.

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L’épineuse question de l’anonymat des transactions

Le gouvernement chinois n’a pour l’heure pas encore publié de législation définitive sur la monnaie numérique, la PBoC a néanmoins fait savoir savoir qu’elle pourrait imposer des limites à la somme maximale de yuan numérique pouvant être détenue par un individu, ce qui serait un moyen de contrôler comment circule la monnaie désincarnée et fournir aux usagers sécurité et confidentialité.

Cette question de la confidentialité et de l’anonymat est l’une des plus brûlantes. Le média officiel Xinhua a récemment publié un article expliquant à quel point l’usage du yuan numérique serait anonyme. Selon Mu Changchun, le portefeuille numérique est lié à une carte SIM au lieu d’un compte bancaire. Bien qu’une carte SIM ne puisse être achetée qu’avec une pièce d’identité, la loi interdit aux compagnies de télécom de révéler les données personnelles des usagers à la PBoC ou à tout autre tiers. Ceci étant dit, Mu a précisé que seuls les « petits montants » qui servent aux « achats quotidiens » sont anonymes, sans préciser le montant de ces derniers… Cet anonymat limité est appelée « anonymat contrôlable« , Mu explique que la monnaie numérique ne peut faire l’objet d’un anonymat complet en raison de la crainte qu’elle soit utilisée dans des transactions illégales. Pour les paiements plus importants, une mise à niveau du portefeuille virtuel est nécessaire afin de fournir les informations et éléments requis qui devraient pouvoir empêcher des transactions fraudeuses de grande ampleur.

La logique qui prévaut donc, toujours selon Mu, est celle de « l’anonymat pour les petits montants et la traçabilité pour les gros montants« , qui, selon lui, permettrait aux usagers de récupérer leur argent si des fraudes aux télécom surviennent avec l’utilisation du yuan numérique. L' »anonymat contrôlable » sera donc probablement contrôlé de très près, l’occasion de surveiller chaque transaction est en effet trop belle pour ne pas être très sérieusement envisagée.