Dissimulation chinoise ou insuffisance des dispositifs de contrôle italien ?

Au début du mois de septembre, les autorités italiennes ont révélé que 75% des parts de l’entreprise Alpi Aviation, spécialisée dans la fabrication d’ULM ultra légers et de mini drones à usage militaire, avaient été rachetées par une entité chinoise en 2018. La Guardia di Finanza (la police financière et douanière) a ouvert une enquête et lancé des investigations visant trois ressortissants chinois et trois autres italiens. Les avocats de l’entreprise transalpine ont fait eux savoir que la transaction avait été « transparente ».

Les autorités italiennes ont précisé que l’entreprise n’avait pas été rachetée à des fins d’investissement par la partie chinoise, mais bien en vue de transferts technologiques, notamment dans le domaine militaire. Alpi Aviation fournit des drones à l’armée de l’air italienne, et collabore avec le géant de la défense Leonardo, et tombe donc sous le coup de la « règle d’or » italienne qui restreint les prises de participation étrangères.

Pour échapper à la législation italienne qui veut que les autorités soient prévenues en amont de toute transaction concernant un secteur stratégique, afin qu’elles puissent éventuellement bloquer une transaction qui leur semblerait risquée, la partie chinoise a procédé à un montage. Celui-ci était assez simple : c’est une société offshore basée à Hong Kong qui a procédé au rachat des parts de l’entreprise. Cette société hongkongaise apparait être in fine détenue par deux grandes entreprises publiques chinoises : China Corporate United Investment Holding, et CRRC Capital Holding.

Fait notable : en mars 2019, le cabinet d’avocat Dentons-Dacheng publie un article sur son site internet dans lequel il explique agir en tant que conseiller des groupes CCUI et CRRC pour mener à bien les premiers investissements de leur « Fonds », conjointement détenu par leurs filiales. Au détour d’une phrase l’on apprend donc que ce Fonds contrôle déjà la société italienne Alpi Aviation S.r.l., et que cet investissement est le premier effectué par la structure.Au lieu d’une une transaction cachée et dévoilée au début du mois, il semblerait que celle-ci ait plutôt été discrètement « transparente ». Le problème du siphonnage des technologies stratégiques reste, lui, entier mais questionne plus la politique de surveillance des actifs stratégiques qu’une opération secrète chinoise.

A noter également que d’autres enjeux se posent, celui d’une transaction potentiellement illégale d’Alpi avec l’Iran et celui de la relocalisation de ses centres de production dans la ville de Wuxi.

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