Comment la Chine lâche certaines sociétés au Congo mais soutient Sicomines

Dans un mouvement qui a surpris certains observateurs, les autorités chinoises ont soutenu des sanctions prises par la République Démocratique du Congo contre 6 entreprises minières chinoises et opérant dans la région du Sud Kivu accusées de ne pas respecter la réglementation environnementale congolaise. Le 14 septembre, Wu Peng, le directeur du département Afrique du Ministère chinois des affaires étrangères (MoFA) a ainsi indiqué que les “autorités chinoises avaient lancé une enquête et ordonnaient aux sociétés concernées de se conformer à la législation locale de quitter la province du Sud Kivu immédiatement.”

Cette déclaration signifie-t-elle que la Chine ne soutient plus ses entreprises à l’étranger ? 

La réalité est évidemment plus complexe. Le même jour que cette déclaration de soutien aux autorités congolaises, le porte parole du MoFA expliquait que la création de Sicomines, une joint-venture sino-congolaise, était un modèle de coopération et avait permis de développer des routes, des hôpitaux et des centrales hydro-électriques. 

Sicomines, une entreprise sino-congolaise créée en 2008 pour l’exploitation de réserves de cobalt et de cuivre en échange de la construction d’infrastructures dans le pays, est au cœur des tensions sino-congolaises. Tshisekedi, l’actuel président de RDC, souhaite renégocier le contrat de Sicomines signé par son prédécesseur : il argue que les investisseurs chinois ne respectent pas leur part du contrat en termes d’investissements dans les infrastructures comme initialement promis, tout en s’arrogeant la majeure partie des bénéfices.  

Comment expliquer ce deux poids deux mesures ? Les enjeux tout d’abord ne sont pas les mêmes. Le méga contrat pour la création de Sicomines prévoyait un prêt côté chinois de 6 milliards de dollars devant être remboursé en matières premières. De plus, si Sicomines fait intervenir Chen Xuehua, le magnat chinois du cobalt, elle est en majorité détenue par des entreprises publiques chinoises : le conglomérat China Railway Engineering Corporation et Power China, deux entreprises directement contrôlées par l’Etat central. A contrario, les 6 entreprises appelées à cesser leurs activités sont d’envergure beaucoup plus modeste et sans lien direct avec les autorités chinoises. 

Il est donc vraisemblable que la Chine ait voulu donner des gages aux autorités congolaises, cela est d’autant plus probable que le soutien apporté à ces dernières ne s’est exprimé que le 14 septembre, jour de la déclaration publique sur Sicomines et près d’un mois après que les opérations des 6 entreprises chinoises ont été stoppées. La Chine est donc prête à sacrifier des intérêts privés pour protéger des projets publics comme Sicomines.

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