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Source : pandaily.com

A l’instar du géant Huawei et d’autres entreprises de haute technologie chinoises telles que les entreprises de supercalcul, le premier fabricant mondial de drones DJI fait lui aussi face à des menaces de sanctions américaines. Lors de sa conférence annuelle AirWorks qui s’est tenue du mardi 24 au jeudi 26 septembre à Los Angeles, l’entreprise a clamé son innocence.

DJI observé de près par l’armée américaine depuis 2017

A la fin du mois de juin 2019, l’entreprise chinoise DJI Technology (深圳市大疆创新科技有限公司) qui conçoit et fabrique des drones, a fait l’objet d’un rapport du Sénat américain qui accuse ses drones de porter atteinte à la sécurité du territoire national. Un mois plus tôt, le US Department of Homeland Security avait publié un avertissement concernant les risques de sécurité liés aux drones chinois. Les ennuis avaient commencé dès 2017 sur le sol américain pour DJI, avec une circulaire interne de l’armée de terre qui interdisait déjà l’usage de ces drones, citant un rapport classifié intitulé « DJI UAS Technology Threat and user Vulnerabilities ». L’interdiction s’est depuis répandue à tout le Ministère de la Défense, entrainant d’autres agences gouvernementales et entreprises privées dans son sillage. L’accusation la plus grave a été émise par la US Immigration and Custom Enforcement (ICE) de Los Angeles en 2017, l’agence expliquant que DJI serait en mesure de fournir au gouvernement chinois via ses drones des données de prime importance sur les infrastructures de la police américaine.

La « Government Edition » ou le drone qui ne transfère aucune données à DJI

Face à ces avertissements et accusations, l’entreprise a publiquement nié l’envoi automatique de données récoltées par ses drones en Chine, et a promis d’assembler certains de ses drones utilisés par des agences américaines sur le sol des Etats-Unis. La « Government Edition » est la dernière innovation en date : les drones sont en permanence sur un mode appelé le « local data mode » qui empêche le transferts des données récoltées à DJI ou tout autre tierce partie. dans cette édition, DJI envoie également les mises à jour de ses micrologiciels aux agences gouvernementales en charge de l’aviation et à leurs départements IT pour vérification. Pour rassurer les utilisateurs, DJI a également largement communiqué sur le fait que tous ses drones possèdent un mode « off » qui permet de laisser le drone hors ligne et d’empêcher ainsi tout transfert de données mobiles.

L’épineuse question du stockage des données

DJI affirme que les données de vol de ses drones sont uniquement partagées avec le propre cloud DJI si l’utilisateur le spécifie. En se mettant en « local data mode », la plupart des données de vol sont conservées dans l’appareil. Mais en réduisant la connectivité à DJI peut avoir un impact sur les opérations de l’appareil. Si l’on n’opte pas pour le partage de localisation GPS, certains services de vol sont éteints.

Cette question du stockage des données renvoie directement à la très grosse part de marché qu’occupent les produits DJI aux Etats-Unis : 80% des drones vendus ces dernières années sont des DJI. La popularité des drones étant à la hausse, il semble important aux yeux de plusieurs chefs d’entreprises américains actifs sur le même segment d’affaires que les entreprises locales gardent un pied dans cette industrie qui pourrait s’avérer essentielle dans la préservation de la sécurité nationale.

Au cœur des préoccupations des Etats-Unis sur les technologies chinoises et leur usage sur le sol américain se trouvent une série de lois chinoises qui éliminent la plupart des barrières entre le gouvernement et l’industrie. Les lois exigent des entreprises qu’elles fassent passer la sécurité de l’Etat chinois avant la compliance et le caractère privé des données qu’elles récoltent. Le spectre des entreprises chinoises pompant aisément des données américaines via leurs produits est également au centre du débat en ce qui concerne Huawei. Le chargé d’affaires de DJI pour l’Amérique du Nord, Mario Rebello, explique que l’entreprise « n’enverra pas en Chine des données sur les utilisateurs américains, qui sont stockées sur des serveurs basés aux Etats-Unis ». La méfiance suscitée par DJI est encore accentuée par l’opacité de sa structure.

Une structure très discrète

Fondée par Wang Tao (également connu sous le nom de Frank Wang), un étudiant de la Hong Kong University of Science and Technology, lui-même né en Chine continentale, l’entreprise est officiellement enregistrée à Shenzhen en novembre 2006. DJI Technology détient aujourd’hui 11 filiales à 100%, 2 autres à respectivement 58,82% et 51% (elle les contrôle donc), et 5 participations minoritaires dans d’autres entreprises.

DJI Technology est intégralement détenue par une entreprise enregistrée à Hong Kong : iFlight Technology Company Limited (智翔科技有限公司). Le registre des sociétés et du commerce de Hong Kong n’obligeant pas les entreprises à publier toutes les informations les concernant, très peu de choses filtrent sur cette structure. On sait seulement qu’elle a été établie en 2008, que son capital enregistré s’élève à 203 508 171,81 HK$, et que son conseil d’administration est composé de 6 membres :

  • Wang Tao (汪滔), résidant à Hong Kong. Fondateur et CEO de DJI.
  • Gan Jie (甘洁), résidant à Nankin
  • Ko Ping Keung (高秉强), résidant à Hong Kong
  • Li Zexiang (李泽湘), résidant à Hong Kong. Administrateur de DJI.
  • Lu Di (陆地), résidant à Shenzhen. Vice-CEO de DJI.
  • Xie Jia (谢加), résidant à Shenzhen

Selon les documents d’enregistrement légal de iFlight Technology à Hong Kong, les parts de cette dernière ne sont pas détenues par des personnes physiques, mais par l’entreprise DJI Company Limited enregistrée aux Iles Vierges Britanniques. Considéré comme un paradis fiscal, aucune information concernant les entreprises enregistrées sur ce territoire ne sont rendues publiques.