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Une ville symbole de la politique de réforme et d’ouverture de Deng Xiaoping

C’était l’objectif qui sous-tendait la création de la Zone Économique Spéciale en 1980 : faire de Shenzhen, modeste bourg côtier faisant face à Hong Kong, une grande rivale de l’ancienne colonie britannique. Deng Xiaoping n’aurait pas eu à rougir de la réussite fulgurante de ce projet pharaonique et fer de lance de sa politique nationale de « réformes et d’ouverture » (改革开放) qui a marqué le grand tournant vers l’économie de marché de la Chine toute entière.

Shenzhen en 1980 et en 2010
Source : Quora

L’accélération du développement de Shenzhen, orchestrée par le gouvernement central fait écho à la crise politique qui secoue actuellement Hong Kong : tout continue d’être mis en œuvre pour que Shenzhen distance sa voisine. Sur le papier, c’est chose faite en 2018 lorsque le PIB de Shenzhen a dépassé celui de l’ancienne colonie britannique.

Une spécialisation marquée dans les nouvelles technologies

L’entreprise taïwanaise Foxconn, célèbre fabricant de composants électroniques, va beaucoup contribuer à la spécialisation de la ville dans le secteur des nouvelles technologies. Profitant de salaires trois fois moins élevés qu’à Taiwan, la société s’implante dès 1988 à Shenzhen, et y emploie à la fin de l’année 2011 plus de 500 000 salariés. Ses composants sont vendus à tout ce que la planète compte de fabricants de téléphones et d’ordinateurs : Apple, Sony, Motorola, Dell, Microsoft, Amazon, Nintendo, Hewlett-Packard, Samsung Group, BlackBerry , LG Group, HTC, Acer, Asus, Lenovo, Huawei, Nokia, ZTE, etc.

Source : iphonote.com

Foxconn entraine dans son sillage les entreprises chinoises et une montée en gamme s’opère : de biens à basse valeur ajoutée produits en masse et exportés dans les années 1980-1990, la région se spécialise dans la production de composants au service des nouvelles technologies et permet la naissance des géants chinois Huawei, Tencent, ZTE, DJI, qui deviennent à partir se placent dans les années 2010 parmi les entreprises les plus performantes du pays. Devenus champions du monde de la téléphonie mobile, du drone ou de la géolocalisation, ces mastodontes bénéficient d’avantages fiscaux et de conditions privilégiées créant ainsi une dynamique de croissance qui profite à toute l’économie locale.

Tandis que Hong Kong reste dans son savoir-faire commercial et financier, la jeune métropole continue de miser sur l’innovation et se spécialise désormais dans l’intelligence artificielle. La région reçoit d’ailleurs l’équivalent de la moitié des investissements mondiaux dans ce domaine, preuve que le marché et florissant et que les entreprises étrangères y sont accueillies à bras ouverts. Les flux s’inversent et les jeunes talents hongkongais envisagent désormais d’aller travailler à Shenzhen : un signe qui ne trompent pas.

Vers une démocratisation des institutions de la ville ?

Fin juillet 2019, Pékin a dévoilé un plan pour donner un nouveau statut à Shenzhen, qui lui permettrait de conduire des réformes plus ambitieuses encore que celles menées jusqu’à présent. L’objectif est de faire de Shenzhen la nouvelle cité leader dans les domaines de l’innovation, des services publics et de la protection de l’environnement. En boostant sa « stratégie de développement fondée sur l’innovation », elle servirait de modèle de développement pour les autres villes de Chine continentale. On avait d’ailleurs déjà noté que la ville avait été choisie pour servir de ville pilote pour la mise en œuvre de la nouvelle monnaie digitale lancée par la Banque centrale de Chine. Le gouvernement central souhaite que Shenzhen devienne une métropole mondiale d’ici à 2035. Grande innovation, le Parti a annoncé que des réformes politiques serait menées en parallèle : le plan prévoit une « extension de la participation politiques des citoyens de Shenzhen sous la supervision du PCC ». Ce plan poursuit également les politiques d’incitations et de simplification administrative pour toutes les entreprises étrangères qui choisissent de s’implanter dans la métropole.

Selon Zhang Yansheng, chercheur en chef au sein du China Centre for International Economic Exchanges et interrogé par le South China Morning Post, « les 40 dernières années en Chine ont été consacrées à rendre compatible le socialisme et l’économie de marché. Aujourd’hui la zone pilote de Shenzhen est vouée à rendre le socialisme compatible avec les nouvelles technologies et le développement des innovations ».

Le nouveau moteur de l’intégration régionale

Par ailleurs, le gouvernement chinois a lancé en 2017 un projet de grande envergure pour la région du delta de la rivière des Perles, celui de la « Grande Baie » (Greater Bay Area, GBA, 粤港澳大湾区), centré sur la recherche et les nouvelles technologies. Il s’agit de relier de manière encore plus étroite les neuf villes principales de la province du Guangdong (Canton, Shenzhen, Dongguan) et d’y inclure Hong Kong et Macao.

Source : CBRE Hong Kong

Cet ensemble géographique regroupe 70 millions de personnes, dont 7 millions de Hongkongais, sur une surface de 56 000 km2 (environ 5 fois l’Ile-de-France). Cette région, souvent décrite comme « l’usine du monde » dispose de trois des plus grands ports mondiaux : Canton, Shenzhen et Hong Kong, qui est également le premier hub mondial de fret aérien. Elle est également un des moteurs de croissance de la Chine et a généré en 2017 un produit régional brut de 1 300 milliards EUR.

Les infrastructures de transport (ponts, trains, autoroutes, tunnels sous-marins, etc.) devraient permettre l’inter connectivité physique des pôles de la GBA, un premier jalon ayant été posé avec le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao long de 55 km et inauguré fin 2018. La GBA devrait officiellement voir le jour en 2022, et son PIB équivaudrait alors à celui de la Corée du Sud.

Devant Hong Kong, Shenzhen est d’ores et déjà perçue comme la ville leader des nouvelles technologies au sein de cette nouvelle zone de compétitivité mondiale, dont l’ambition est de supplanter la Silicon Valley.