Sélectionner une page

Les débuts du groupe : une stratégie de diversification

En dépit de la fondation du groupe HNA et de ses premiers succès avec l’acquisition de trois compagnies aériennes régionales à la fin des années 1990, plusieurs évènements internationaux frappent de plein fouet les compagnies aériennes: la crise financière asiatique en 1997, puis les attentats du 11 septembre 2001 et l’épidémie de SRAS de 2003 qui débute depuis le Sud de la Chine qui restreignent drastiquement le trafic aérien. Comme l’expliquent L. Casanova et A. Miroux, HNA répond à ces aléas par une stratégie de diversification : elle ramifie ses activités à la fois en amont et aval du transport aérien commercial, commençant à racheter des hôtels et des infrastructures aéroportuaires. Elle devient en effet le premier transporteur chinois à prendre une participation dans un aéroport, en acquérant 25% des parts de Haikou Meilan International. L’entreprise voient ses affaires décoller également en raison de la qualité de ses services : ponctualité, services à bord et avions neufs.

Encourageant cette stratégie dont il commence à voir les résultats, George Soros investit à nouveau dans l’entreprise via le Soros Quantum Fund : 25 millions USD injectés dans HNA Group en 2005. Au même moment, Bharat Bhise, un homme d’affaire américano-indien et artisan du premier investissement de Soros dans Hainan Airlines en 1995, se voit confier près de 29% des parts du groupe. Établi à Hong Kong, Bhise révélera peu de temps après avoir vendu ses parts qu’il les avait gardées une dizaine d’années comme un « service rendu » à HNA Group en tant que « personne de confiance » et n’avait reçu aucune compensation en échange. En 2006, le groupe acquiert deux compagnie aériennes hongkongaises : Hong Kong Airlines et Hong Kong Express Airways, renforçant le cœur de son activité.

Des filiales pour chapeauter chaque secteur d’activité

Le groupe poursuit sa structuration en suivant sa logique de spécialisation par branche d’affaires. Des filiales chapeautant plusieurs entreprises du même secteur sont créées les unes après les autres, prenant place aux côtés de l’entreprise phare du groupe, Hainan Airlines : HNA Tourism Group (2002), HNA Finance (2003), HNA Logistics Group (2004), HNA Capital Group (2007), HNA Aviation Group (2009). En 2017, la structure du groupe est la suivante :

Source : Asia Nikkei Review

Actionnariat : un homme de paille et une fondation caritative

C’est au milieu des années 2015 qu’émergent certaines questions entourant l’actionnariat et l’identité des bénéficiaires ultimes de l’entreprise. En 2016, les 29% des parts appartenant à Bharat Bhise sont transférées, pour un montant inconnu, à Guan Jun ( 关俊 ).

Les informations sur M. Guan sont bien minces, pour un homme qui pèse désormais plusieurs milliards : il co-préside, avec le fils de Chen Feng, Chen Xiaofeng (陈晓峰), une plateforme de financement peer-to-peer détenue par HNA. L’arrivée au capital d’un quasi-inconnu commence à éveiller les soupçons. Guan serait-il un simple prête-nom ? Il est tentant de voir à la manœuvre de ce changement d’actionnaire l’Etat chinois, dissimulé derrière une figure aisément manipulable. Rien n’a jamais pu être prouvé. A ce sujet, Bhise déclare à la presse : « Le gouvernement chinois est-il actionnaire de HNA, dissimulé derrière moi, Guan Jun, et d’autres personnes ? Je peux vous affirmer de manière univoque que ce n’est pas le cas. ».

Il affirmera également avoir su dès le départ que les parts avaient toujours eu vocation à être in fine transférées à des œuvres de charité ou aux employés du groupe, ce qui se produira effectivement quelques mois plus tard, nous y reviendrons dans l’épisode III.

Une Frénésie d’investissements: 150 milliards d’actifs, d’Aigle Azur à la Deutsche Bank

Depuis 2010, l’entreprise multiplie les investissements, déboursant plus de 26 milliards USD dans quelques 21 transactions. Elle devient ainsi le plus grand investisseur privé chinois en actifs étrangers, devançant le géant de l’internet Tencent Holdings ( 腾讯控股有限公司 ) et le conglomérat immobilier-loisir Wanda Group (万达集团). Cette fièvre acheteuse débute avec le rachat d’Alco Rental pour 150 millions USD, et poursuit en rachetant des actifs à bas prix après que la crise financière de 2008-2009 soit passée par là.

Les investissements se poursuivent et la cadence s’accélère d’année en année. Au nombre des actifs du groupe, on dénombre pêle-mêle : des parts substantielles dans les groupes hôteliers américains Hilton Worldwide et Carlson Hotels, l’acquisition d’Ingram Micro, un distributeur californien de produits IT, l’aquisition d’Avolon, un bailleur d’avions irlandais, l’aquisition de GE SeaCo, un bailleur de container basé aux Bermudes, et deux spin-off de SwissAir. Le groupe a également pris des participations minoritaires mais significatives dans les compagnies aériennes Virgin Australia, Aigle Azur (France) et Azul (Brésil). En janvier 2017, HNA a acheté UDC Finance, cédé par le groupe bancaire australien ANZ Banking Group, et seulement 6 jours plus tard, le 17 janvier 2017, une part majoritaire de SkyBridge Capital, un fonds de pension gérant près de 12 milliards USD d’actifs. Les investissements d’HNA ont cru de manière exponentielle depuis 2015, après que l’entreprise a créé une filiale dédiée aux fusions et acquisitions à Hong Kong. Début 2017, les actifs détenus par le groupe s’élevaient à 145 milliards USD.

En Chine, HNA Group détient une myriade de constructeurs immobiliers, des entreprises de location, 4 compagnies aériennes régionales, un magazine financier respecté, et l’une des principales plateformes de prêt entre pairs (« peer-to-peer »), Jubao Internet Technology. Elle a par ailleurs levé des fonds à travers au moins 11 plateformes peer-to-peer, ainsi qu’à l’aide de très nombreux prêts contractés via ses 25 entreprises cotées.

2017 : le vent tourne

Le vent commence à tourner en 2017. L’entreprise a multiplié les prises de participation dans des entreprises étrangères, mais le rachat de 9.9% de la Deutsche Bank au début de l’année apparait comme un tournant. Inquiétant de nombreux observateurs étrangers, des critiques commencent à s’élever. L’usage immodéré de la dette par le groupe commence à inquiéter l’agence de notation Standard & Poor’s, ainsi que d’autres banquiers étrangers.

Les autorités chinoises, elles aussi, s’alarment des sommes colossales empruntées par HNA à des banques publiques. Le modèle miracle commence à être remis en cause, et la machine à s’enrayer