TSMC, leader incontesté de la fabrication de puces… pour les autres

Le 1er avril, sans esprit facétieux, l’entreprise Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. a annoncé prévoir un investissement de 100 milliards de dollars pour augmenter sa capacité de production afin de répondre à la demande croissante en semi-conducteurs et ce sur un marché de plus en plus fragmenté. L’ampleur de l’investissement confirme à la fois la position de leader de TSMC sur ce segment spécifique de « fabricant non concepteur« , chez qui les entreprises viennent faire fabriquer leurs puces, et la demande qui ne cesse de croitre.

Selon le communiqué de l’entreprise, les usines fonctionnent à 100% de leurs capacités depuis 12 mois et la demande ne décroit pas. Des milliers d’employés continuent d’être recrutés, et de nouvelles usines sont en cours de construction. L’offre peine à suivre la demande. Les constructeurs automobiles ont ainsi été particulièrement touchés par la pénurie de semi-conducteurs, causant des pertes chiffrées à près de 60 milliards USD. Ford par exemple a annoncé devoir suspendre l’activité de deux usines fabricants son modèle best-seller F-150 pick-up faute de puces disponibles.

La taille du carnet de commande de TSMC n’est pas sans faire – évidemment – quelques jaloux. Aussi, son grand rival américain Intel a révélé un plan pour entrer directement en compétition avec lui en se lançant dans la fabrication de puces pour des tiers. Pour mettre en place cette stratégie, l’américain prévoit un investissement de 20 milliards dollars pour la construction de deux nouvelles usines en Arizona. De son côté, le coréen Samsung Electronics prévoit de dépenser plus de 100 milliards de dollars sur une décennie pour étendre son activité de fabrication de semi-conducteurs.

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SMIC désigné comme champion national chinois

Et la Chine dans tout ça ? Conscients du retard du pays en comparaison des entreprises taïwanaises, le gouvernement chinois tente de faire émerger un champion national, mais pousse également pour des méthodes moins éthiques telles que le vol de technologies et le brain drain. La ministre de l’économie taïwanaise Wang Mei-hua explique très simplement que les employés taïwanais des fabricants de semi-conducteurs ont une longue expérience de ces technologies, et parlent aussi la même langue que de l’autre côté du détroit, ce qui en fait des cibles privilégiées pour se faire débaucher. Ces derniers se voient offrir des conditions salariales attractives en Chine mais les entreprises taiwanaises étant très attachées à la fidélité de leurs employés, les ingénieurs taïwanais travaillant en Chine doivent abandonner toute perspective de carrière future sur l’ile.

Preuve qu’il ne s’agit pas là d’une simple vue de l’esprit, Semiconductor Manufacturing International Corp. (SMIC) est elle-même épaulée par deux vétérans taïwanais de l’industrie des semi-conducteurs : Chiang Shangyi et Liang Mong Song, placés aux postes stratégiques de vice-président du conseil d’administration et co-CEO. En dépit de multiples initiatives notamment soutenues par les gouvernements locaux avec plus ou moins de succès, l’entreprise shanghaienne apparait désormais comme l’alternative chinoise la plus solide pour rattraper ses concurrents étrangers, et ce en dépit des sanctions américaines qui l’empêche d’accéder aux équipements de pointe pour la fabrication des puces les plus avancées. L’entreprise domine ses concurrents chinois en termes de technologies maitrisées et de talents recrutés, et a d‘ailleurs annoncé un chiffre d’affaires record pour l’année 2020, avoisinant les 4,2 milliards de dollars, soit une croissance de presque 25% en glissement annuel. Le bénéfice net a lui bondi de 217% pour atteindre les 4 milliards de yuan (610 millions de dollars), cette très forte hausse étant causée par une accélération de la demande de puces en 2020.

Un focus sur les technologies matures en attendant un allègement des sanctions américaines

Source : 6Parks News

En termes de technologies maitrisées, SMIC est toujours loin derrière TSMC, mais ce retard ne porte pas préjudice au Chinois puisque la demande en technologies matures continue de croitre notamment en raison du retard accusé dans de nombreux secteurs industriels en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19. Et les dirigeants de SMIC ont eux-même expliqué qu’une grande partie de leurs dépenses en capital pour l’année 2021 serait consacrée aux technologies matures puisque les licences américaines pour l’achat d’équipement pour la production de technologies plus avancées ne semblent pas accessibles à court terme. L’entreprise ne se laisse néanmoins pas abattre : elle vient de sécuriser un contrat de 1,2 milliards de dollars avec l’entreprise néerlandaise ASML pour la fourniture de systèmes de lithographie à ultraviolets profonds, ce qui pourrait lui permettre d’assurer l’expansion de sa capacité de production de technologies déjà mature.

Xi Jinping a beau plaider lui-même pour une autonomisation technologique de la Chine, le secteur des semi-conducteurs et de ses équipements de production semble plus que jamais au cœur de la mondialisation commerciale.