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L’économie chinoise est souvent perçue comme étant monolithique avec un État-parti guidant les entreprises et établissant des plans de long terme pour organiser le développement économique du pays. La réalité est plus complexe et les entreprises chinoises, même lorsqu’elles sont détenues par l’État, se concurrencent entre elles et sont prises dans des jeux de pouvoirs et des luttes d’influences.

Deux compagnies aériennes chinoises, se disputent la répartition des lignes aériennes passant par le nouvel aéroport de Beijing

photo d'aéoroport en chine
photo d’aéoroport en chine

Le dernier exemple en date concerne un changement de dernière minute dans la répartition des lignes aériennes passant par le nouvel aéroport de Beijing qui ouvrira en septembre. Une première directive publiée par la Civil Aviation Administration of China (CAAC) indiquait que China Eastern Airlines et China Southern Airlines, deux entreprises d’Etats, pouvaient opérer chacune de 40 % des lignes aériennes passant par l’aéroport. Selon le South China Morning Post, la compagnie China Eastern Airline, mécontente de ce premier arbitrage qui lui faisait perdre l’usage de sa profitable ligne aérienne reliant l’ancien aéroport de Beijing à celui de Shanghai, a procédé à un intense lobbying politique pour faire changer la CAAC de position. Suite à des pressions politiques émanant d’un dirigeant du Conseil des affaires État, la plus haute instance administrative chinoise, la CAAC a finalement revu sa copie le mois dernier pour autoriser la China Eastern à garder sa poule aux œufs d’or en échange d’une réduction du nombre des vols qu’elle pourra opérer à partir du nouvel aéroport.

Cet exemple n’est pas anecdotique car les sommes en jeu sont colossales et le transport aérien est en pleine croissance en Chine, le nombre de passagers empruntant l’ancien aéroport de Beijing est ainsi passé de 90 millions en 2016 à plus de 100 millions en 2018 ( contre 69,5 millions en 2016 pour l’aéroport Paris Charles de Gaulle).

La politique économique chinoise n’est pas monolithique

Au delà du seul secteur aérien, cet exemple montre bien que derrière l’illusion d’une unanimité de façade, illusion entretenue par le pouvoir chinois, il existe une multitude d’intérêts propres à différentes entreprises ou groupes politiques. La politique économique chinoise, qui se décline en plans quinquennaux et en de multiples objectifs souvent très précis attribués à différents secteurs, n’obéit donc pas uniquement à une logique technocratique objective et froide mais résulte aussi de lobbying et de luttes d’influences feutrées.

Pour comprendre ce qu’il se passe en Chine, notamment sur le plan économique, il convient donc d’aller au delà des généralités et s’intéresser aux acteurs impliqués dans le secteur et sur le territoire qui nous intéresse. Qui sont-ils, où sont-ils basés ? S’ils sont détenus par des acteurs publics, qui sont ces acteurs et quel est leur agenda ?