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Battant en brèche l’image encore répandue d’une Chine qui rachète le monde, les investissements direct à l’étranger (IDE) chinois ont considérablement diminué depuis 2019, après deux années de forte hausse 2016 et 2017 qui peuvent être considérées plutôt comme des anomalies que témoins d’une tendance de fond.

Aperçu des investissements chinois par secteur

Les chiffres utilisés pour ce graphique proviennent du China Investment Tracker réalisé par l’American Enterprise Institute.

Les flux d’IDE sont directement corrélés à des décisions du gouvernement chinois. A partir de 2015, il s’agit d’encourager les investissements à l’étranger des grandes entreprises nationales – notamment des entreprises d’État – avec pour objectif premier l’acquisition de technologies qui permettront à la Chine de mener à bien son plan Made in China 2025.

A cette époque, le gouvernement assouplit donc les régulations pour les investissements à l’étranger. Les grandes entreprises investissent massivement, avec le rachat notable du club de football Inter de Milan par le distributeur d’électroménager Suning, et le rachat de la chaine hôtelière Strategic Hotels & Resort par le géant de l’assurance Anbang. Les chiffres sont sans appel : entre 2015 et 2016, les IDE chinois bondissent de près de 38%. Il s’agit pour un grande partie d’entre eux d’investissements purement spéculatifs, on est ainsi bien loin de l’acquisition de technologies clefs qui doivent servir la montée en gamme technologique de l’appareil industriel chinois. 2016 est d’ailleurs décrite par certains analystes américains comme “l’année où la Chine a brièvement tenté d’acheter le monde”.

Dès 2017, constatant que cette politique ne remplit pas les objectifs souhaités, le gouvernement chinois interdit les IDE dans plusieurs secteurs, au premier rang desquels le luxe, l’industrie du divertissement et les clubs sportifs. Là aussi, effet immédiat : les IDE chinois enregistrent un repli de 30% entre 2016 et 2017. Cette tendance à la baisse se confirme sur 2018 et 2019. Le retour au niveau d’investissement des années 2009-2010 pourrait marquer une forme de retour à la « normale », avec des investissements plus contrôlés et plus ciblés sur des secteurs d’intérêt prioritaires. Fait notable pour l’année 2019 : la prédominance des pays riches comme récipiendaires plébiscités des IDE chinois pourrait être en train de s’éroder.

Malgré des variations dans certains secteurs on constate un investissement continu dans le secteur de l’énergie depuis les 15 dernières années. Preuve, s’il en faut, que l’accès aux ressources énergétiques et la sécurisation des approvisionnement restent l’un des axes majeurs de la politique économique chinoise.

Le secteur des transports, très présent dans l’initiative One Belt One Road (OBOR, ou parfois en français, les « nouvelles routes de la soie »), semble lui aussi confirmer sa prévalence au cours de la période, et a fortiori en 2019 malgré la nette décroissance des IDE chinois.

Évolution des investissements chinois par secteur depuis 2005