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Au début du mois de décembre, le ministère de l’industrie et des technologies de l’information (MIIT, 工业和信息化部) a publié une version préliminaire d’un plan à 15 ans (2021-2035) intitulé « Plan de développement de l’industrie automobile à énergies nouvelles » (新能源汽车产业发展规划). Dans celui-ci, le gouvernement projette que d’ici à 2025, 30% des voitures vendues en Chine seront des « véhicules connectés intelligents », c’est-à-dire des voitures avec une certain degré d’autonomie.

La Chine vouée à dominer le marché mondial …

Dans la course au développement et à la commercialisation du véhicule autonome, la Chine pourrait bientôt dépasser les acteurs de la Silicon Valley. Soutenus sans réserve par un gouvernement qui voit à long terme – comme en témoigne le plan évoqué plus haut – les efforts de développement des startups et des géants chinois dans ce secteur tendent à montrer que la Chine est vouée à dominer ce marché émergent et mondial dans les décennies à venir. L’un des atouts clefs des acteurs chinois est que bien qu’encore dans une phase de rattrapage comparés à leurs homologues américains, ils se développent à un rythme beaucoup plus rapide que tous leurs concurrents. Selon l’enquête annuelle du South China Morning Post sur l’économie de l’innovation en Chine, la Chine ne devrait pas tarder à émerger comme le plus grand marché mondial pour les véhicules et les services de mobilité autonomes, estimé à 500 milliards de dollars en 2030.

… et à y imposer ses normes

Cette domination du marché signifie que la Chine aura une influence capitale sur la conception, les règles d’opération et de vente de ces véhicules, puisqu’il est attendu que les avancées majeures dans chacun de ces domaines seront déterminées par des entreprises chinoises. Le gouvernement chinois s’était déjà préparé à ce scenario, lorsqu’il a déclaré à la fin de l’année 2017 que devenir le leader mondial dans les technologies d’autonomie était une priorité nationale. Cette annonce a suivi des déclarations similaires au sujet de la volonté de prendre la main sur les marchés émergents pour des technologies telles que l’intelligence artificielle, les réseaux 5G, la robotique et les smart cities.

Les mastodontes de l’Internet et leurs homologues de l’industrie auto lancés dans la course

Source : Autonews

Les plus grandes entreprises de l’internet et des nouvelles technologies chinoises ne sont pas étrangères au développement fulgurant du secteur. En 2018, le gouvernement avait surnommé Baidu le « champion national » des voitures autonomes. La pièce maitresse du Google chinois se prénomme « Apollo Project », une plateforme logicielle open source lancée en avril 2017 qui permet à un très grand nombre d’acteurs du secteur de collaborer. Parmi ceux qui se sont déjà inscrits : Ford, Daimler, Intel, Nvidia, Microsoft, Bosch et Toyota. Baidu a débuté la production de masse des bus complètement autonomes en juillet 2019 en partenariat avec King Long Motor Group (厦门金龙汽车集团股份有限公司) et espère commencer la production de véhicules de tourisme en partenariat avec JAC Motor (安徽江淮汽车股份有限公司) et SAIC Motor (上海汽车工业(集团)总公司) l’année prochaine. De son côté, Tencent a fédéré autour d’elle 6 constructeurs automobiles chinois pour développer ses véhicules autonomes, et a reçu l’une des premières licences pour tester les voitures sans conducteur. Alibaba n’est pas en reste puisqu’il est en train de tester ses propres véhicules sans conducteurs. Les nouveaux venus sont aussi de la partie : Roadstar.io, basé à Shenzhen et très fier d’avoir un centre de R&D dans la Silicon Valley, a levé 128 millions de dollars en capital risque cette année. Même chose pour son concurrent Pony.ai, qui se développe rapidement dans le Guangdong et a récemment fait une levée de fonds de 112 millions de dollars. Les entreprises étrangères ont beaucoup plus de difficulté à pénétrer le marché chinois, limités par les réglementations nationales.

Dominer et… surveiller de près la Silicon Valley

Pour tout ces acteurs, le nerf de la guerre se résume en trois points : le temps de conduite, les tests et la collecte des données. L’échelle à laquelle les entreprises chinoises travaillent représente un avantage de taille. Interrogé par un media en ligne spécialisé dans l’innovation, un spécialiste explique : « on constate que lorsque ces systèmes sont testés dans une multiplicité d’endroits simultanément, le taux d’apprentissage s’améliore radicalement ». Les entreprises chinoises ont également implanté des avant-postes de R&D dans la Silicon Valley, ce qui leur permet de conduire des tests aux Etats-Unis et des recruter les profils les plus intéressants venant de l’étranger.

Des licences de test en conditions réelles déjà octroyés à Shanghai et Pékin

Source : China Daily

Signe que, comme souvent en Chine, les choses avancent à grands pas, la municipalité de Shanghai est d’ores et déjà en train de tester des bus urbains autonomes au sein d’une zone pilote dédiée. Dans le quartier de Jiading, demeure du Grand Prix de formule 1 de Chine, les entreprises SAIC, BMW et Didi Chuxing ont été choisies pour conduire des tests de circulation sur une flotte de 50 véhicules autonomes, dans des conditions réelles, le long de 5,6 km de chaussée publique, avec de vrais humains circulant dans la zone. Pour recevoir l’approbation des autorités, les entreprises devront avoir effectué plus de 24 000 km et 1 200 heures de tests de circulation sans conducteur sans accident au sein du district. A Pékin les autorités ont donné le feu vert à Baidu de tester ses véhicules sans conducteur sur 105 km de 33 routes de banlieue. Le vice-président de Baidu s’est en retour félicité de ces politiques de fort soutien apporté à cette industrie.