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Le STAR Market : la consécration de la vitalité du secteur des nouvelles technologies en Chine

A la fin du mois de juillet 2019, Pékin inaugurait son nouveau marché boursier consacré aux entreprises actives dans les nouvelles technologies : le Shanghai Stock Exchange Science and Technology Innovation Board (上海证券交易所科创板), ou STAR Market, opéré sous l’égide du Shanghai Stock Exchange (SSE, 上海证券交易所). Cette initiative officielle a été soutenue par les investisseurs : les 25 premières entreprises cotées sur ce marché ont en effet vu leurs cours augmenter de 84% à 400% dès le jour d’ouverture. La création de ce nouveau marché boursier devrait permettre au gouvernement chinois de soutenir la croissance économique en finançant les innovations technologiques – la vitalité du secteur étant incontestable – plutôt qu’en dépensant massivement dans la construction d’infrastructures.  

Source : STAR Market

Attirer les jeunes entreprises qui seraient tentées par une cotation à New York ou Hong Kong

L’objectif affiché du gouvernement chinois est d’attirer dans cette bourse les entreprises, souvent très jeunes, actives dans le domaine des nouvelles technologies, des biotechnologies et de l’intelligence artificielle. En effet, malgré le soutien des autorités, leurs célèbres aînées sont toutes cotées à Hong Kong ou New York. Cette « fuite » des entreprises high-tech chinoises, au premier rang desquelles Alibaba et Tencent, s’explique tout simplement par la réglementation chinoise qui régit les bourses de Shanghai et Shenzhen : il faut tout d’abord obtenir une autorisation préalable des autorités, prérequis qui n’existe ni à New York ni à Hong Kong où le feu vert est donné après inscription sur simple remise de documents financiers. L’autorisation des autorités pouvant prendre plusieurs années, cette réglementation apparait désormais incompatible avec les impératifs de rapidité qui régissent l’univers des startups, celles-ci ayant besoin de lever des fonds rapidement afin de financer leur développement. Second point, une entreprise ne peut être cotée en Chine continentale que si elle dégage des bénéfices. Ici aussi, la législation financière est très peu compatible avec le fonctionnement des startups qui de manière générale ne sont pas profitables lorsqu’elles entrent sur les marchés financiers.

Afin de ne pas reproduire les échecs qu’ont constitué les premières bourses chinoises consacrées aux nouvelles technologies lancées à la fin des années 2000 (le Small and Medium Entreprises Board de Shenzhen et le ChiNext de Shanghai), le STAR Market n’impose ni autorisation préalable, ni obligation d’être bénéficiaire au moment de l’introduction en bourse.

Objectif final : ne plus dépendre des places boursières internationales

Le lancement de cette plateforme boursière a été très rapide, intervenant moins d’un an après l’annonce officielle du président Xi Jinping qui appelait la création de cette nouvelle bourse. Ce lancement apparait comme un signal envoyé aux États-Unis, dans un contexte de tensions commerciales qui ne faiblissent pas, pour signifier d’une part que les réformes peuvent être mises en œuvre rapidement en Chine et d’autre part que la Chine peut se passer des États-Unis pour le financement de ces secteurs clefs. Le gouvernement chinois craint notamment que l’administration Trump ne complique l’accès des startups chinoises au NASDAQ voire aux autres places boursières américaines.

Plus globalement, la naissance du STAR Market ajoute une nouvelle pierre à l’édifice du secteur financier chinois, qui se modernise et monte en gamme afin de ne plus dépendre des places boursières internationales.

Qui sont les 3 entreprises qui ont levé le plus de fonds sur le STAR Market ?

Sur 114 entreprises candidates, seules 25 ont été retenues par les autorités pour effectuer leur entrée en bourse le jour de l’ouverture du STAR Market. Le profil des trois championnes nuance le discours officiel qui fait des startups la cible principale de la nouvelle bourse : ces trois entreprises ont chacune au moins 10 ans d’existence et plus de 100 employés.

Anji Microelectronics Technology

Anji Microelectronics Technologies Co., Ltd. (安集微电子科技(上海)股份有限公司) termine la première séance du STAR Market avec une hausse de 400% de la valorisation de ses actions, pour une levée de fonds totale de 1,6 milliard CNY (207 millions EUR). Créée en 2006 et basée à Shanghai, l’entreprise produit des semi-conducteurs. Elle compte à l’heure actuelle 186 employés et exporte ses produits en Asie, aux États-Unis et en Europe.

Western Superconducting Technologies

Western Superconducting Technologies Co., Ltd. (西部超导材料科技股份有限公司) termine la première séance du STAR Market avec une hausse de 267%, pour une levée de fonds totale de 1,4 milliard CNY (181,2 millions EUR). Créée en 2003 et basée à Xi’an, l’entreprise produit des pièces en alliage de titane destinées aux industries aérospatiale, médicale et automobile. Elle emploie à l’heure actuelle 771 personnes.

Espressif Systems

Espressif Systems Co., Ltd. (乐鑫信息科技(上海)股份有限公司) a vu une hausse de 267% de la valeur de ses actions après son premier jour de cotation, pour une levée de fonds totale de 1,2 milliard CNY (155,3 millions EUR). Créée en 2008 et basée à Shanghai, l’entreprise produit des puces électroniques pour les systèmes Wi-Fi et Bluetooth. Elle est également implantée en Inde et en Europe. Elle emploie 241 personnes.

Bytedance : le grand absent

Il est par ailleurs intéressant de noter que l’entreprise pékinoise ByteDance, opératrice de l’application de mini-vidéo TikTok (connue sous le nom de Douyin 抖音 en Chine) a été contactée par les autorités avant le lancement du STAR Market pour sonder son intérêt à effectuer son introduction en bourse sur cette plateforme. Le besoin de financement se faisant moins pressant pour Bytedance, son IPO a donc été repoussée, alors que cette levée de fonds pourrait être, aux yeux des experts du secteur, la plus importante en valeur de toute l’année 2019. Un premier revers pour les autorités chinoises ?