Alors que les États-Unis stoppent leurs importations de coton du Xinjiang, les exportations de certains pays européens vers cette province chinoise connaissent au contraire des sommets historiques.

Interdiction d’importer le coton du Xinjiang : la flèche du Parthe de l’administration Trump

Source : Sourcing Journal

Le 13 janvier 2021, les États-Unis ont décrété l’interdiction d’importer le coton, les fibres de coton et les textiles en provenance du Xinjiang. Ces dernières sanctions de l’administration Trump ont été prises en réponse aux allégations de violations des droits humains ayant cours dans la province située à l’extrême ouest de la Chine et n’ont pas été remises en cause par l’administration Biden. Le gouvernement chinois est en effet soupçonné de vouloir assimiler par la force la population ouïghoure de ce territoire dont une partie est détenue dans des camps de rééducation et soumise à du travail forcé selon différents rapports d’ONG et d’institutions internationales. Cependant, se priver de 87% du coton chinois, c’est se priver du jour au lendemain d’⅕ de la production de coton mondiale, ce qui n’est pas sans effet sur l’industrie textile à la fois en Chine et aux États-Unis. 

Suite à cette décision, les acteurs américains du textile ont dû rapidement se plier à ces nouvelles mesures, mais certains avaient anticipé et commencé à s’orienter vers de nouveaux fournisseurs, ou à relocaliser leurs lignes de production, peu avant les annonces. Plusieurs acteurs du textile taïwanais, sous-traitant des Américains, se sont vus demander des garanties renforcées sur la provenance de leur coton. Comme le souligne néanmoins le président de la fédération taïwanaise des textiles, Justin Huang, cité par le Washington Post, il est très difficile de sourcer précisément le coton en provenance de Chine, aussi plusieurs entreprises américaines ont purement et simplement cessé de s’approvisionner en Chine. Des entreprises à l’envergure mondiale telles que Patagonia, Gap, Ikea, H&M ou encore Nike ont affirmé être en train de quitter le Xinjiang ou renforcer leur mécanismes d’enquête d’honorabilité.

L’industrie textile chinoise ne pâtit pas – encore – des sanctions américaines

L’impact de ces mesures et plus largement des allégations de recours au travail forcé sur la Chine est encore incertain. Aujourd’hui, la Chine occupe en effet une place centrale dans l’industrie textile mondiale et se trouve au cœur des chaînes d’approvisionnement et de production. Les données officielles chinoises montrent ainsi que pour l’année 2020, les importations chinoises de coton ont cru 16,7% en majorité en provenance des États-Unis, du Brésil et de l’Inde. Si les exportations de vêtements ont chuté de 6,4% en glissement annuel, les exportations de tous les textiles confondus ont elles cru de 9,6%. Justin Huang explique que la Chine utilise probablement le coton qu’elle importe des États-Unis pour répondre à la demande américaine en textiles, et réoriente le coton du Xinjiang vers d’autres marchés.

Ce même 13 janvier, l’administration Trump a également interdit l’importation de tomates ou toute préparation à base de tomates en provenance du Xinjiang, des produits dont les États-Unis ont importé pour plus de 10 milliards de dollars en 2020. Or ce sont précisément dans ces deux industries, coton et tomates, que les Européens semblent avoir connu une année faste dans leurs échanges avec le Xinjiang.

Allemagne et Suisse, exportateurs clefs de machines textiles

L’Allemagne est très bien positionnée sur le secteur des machines utilisées dans l’industrie textile. D’après les chiffres de la douane chinoise récupérés par le quotidien hongkongais South China Morning Post, l’Allemagne a vendu pour 41,2 millions USD en 2020 de pièces détachées et accessoires de machines textiles au Xinjiang, une augmentation de 2 763% (!) par rapport à 2017. Un professionnel chinois du secteur confirme que les industriels allemands et suisses dominent largement le secteur, en raison de leur savoir-faire industriel historique.

Les liens étroits de l’Italie avec la tomate du Xinjiang

Source : The Islander

Quant aux tomates et à leurs produits dérivés, c’est l’Italie qu’on retrouve sans surprise en tête des acheteurs, et ce depuis plusieurs années. Les importations italiennes de purée de tomate du Xinjiang ont atteint les 62,5 millions USD l’an dernier, une augmentation de 164% depuis 2017. Les données douanières ont également montré que le pays a été le seul à exporter des machines pour récolter les légumes au Xinjiang en 2020. Les importateurs de la côte sud-ouest italienne achètent depuis longtemps de la purée de tomate du Xinjiang à bas prix, sous forme de triple concentré, puis y ajoutent de l’eau et du sel pour transformer le produit en double concentré, estampillé ensuite “produit d’Italie”.

Comptant pour 5% des revenus totaux de la province du Xinjiang, l’industrie de la tomate est intimement liée au Xinjiang Production and Construction Corps (XPCC), une organisation gouvernementale économique et semi-militaire indépendante du gouvernement provincial et qui contrôle de larges portions du territoire de la province. Sa filiale Xinjiang Chalkis Tomato Products est le numéro 2 mondial de l’industrie de la tomate et est également visé par des sanctions américaines. Des députés italiens de tous bords s’accordent à dire que les relations commerciales avec le Xinjiang écornent l’image du “made in Italy” mais les entreprises locales ne semblent pas encore prêtes à quitter le Xinjiang.