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Les valorisations record de l’année 2018

En 2018, la Chine a créé une licorne (à savoir, une entreprise valorisée à un milliard de dollars ou plus) tous les 3,8 jours, soit 97 au total. Les grandes championnes de cette année record ont été : 1. Ant Financial, une filiale du géant Alibaba, valorisée à plus d’un milliard de dollars ; 2. Jinri Toutiao (cf. ancien article d’Octobot), filiale du groupe ByteDance, valorisée à 500 milliards; 3. Didi Chuxing, valorisée à 300 milliards. Le montant total investi dans ces entreprises a pour la première fois dépassé celui investi dans les startups américaines, et Pékin est la ville où sont établies le plus de licornes au monde, 79 fin 2018.

Signe que ces entreprises sont attractives, le montant du capital risque en dollar investi dans le marché chinois en 2018 a cru de 125% par rapport à l’année 2017, pour atteindre 15,5 milliards de dollars. Cela représente près de 35% du marché total du pays. Cependant, le marché du capital risque en Chine reste malgré tout dominé par le yuan, les fonds en devise nationale représentant 65% du marché.

Des investisseurs plus prudents, sur fond de tensions commerciales sino-américaines

Source : Medium.com

L’année 2019 a vu s’opérer un net ralentissement des investissements de plus de 100 millions de dollars. Basé sur le top 10 des investissements de plus de 100 millions de dollars au niveau mondial, la valeur des transactions de capital-risque a également chuté de 89%, passant de 21,9 milliards de dollars en 2018 à 2,5 milliards de dollars pour l’année 2019. Le ralentissement a été plus durement ressenti par les entreprises dites « late-stage », des entreprises privées ayant dépassées le stade de la startup et proches de leur introduction en bourse. Certains analystes voient dans cet amoindrissement des investissements le signe d’une plus grande prudence de la part des entreprises investisseuses telles que Tencent Holdings ou Alibaba Group Holding. Ces dernières considèrent en effet qu’elles n’ont pas obtenu de retours assez satisfaisants des introductions en bourse de leurs poulains.

Jason Tan, Chief Investment Officer au sein de Jeneration Capital, explique ainsi au South China Morning Post : « Les investisseurs stratégiques tels que Tencent et Alibaba ont été des acteurs moteurs de l’investissement late-stage. Mais cette tendance est en train de ralentir, en raison de la décroissance de la valeur des fonds propres de ces entreprises sur le marché boursier. » Selon d’autres expert du secteur, le déclin des « mega-investissements » a aussi coïncidé avec les fortes tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, ce qui a refroidi les perspectives de croissance pour les entreprises technologiques et les start-ups et poussé les investisseurs à réfléchir à deux fois avant de réaliser toute transaction.

Côté gouvernement : inciter les licornes à se coter sur les marchés nationaux

Source : china-briefing.com

Au printemps 2018 le gouvernement chinois aurait élaboré une liste de 200 licornes qu’il espérait voir se coter sur ses places boursières nationales, Shanghai ou Shenzhen. Au même moment, le Conseil des affaires d’Etat (国务院) a rendu public un ensemble de règles concernant les certificats représentatifs d’actions chinois[1], spécialement conçus pour les « entreprises innovantes » avec pour objectif de booster la « montée en gamme de cette industrie stratégique ». Plus récemment encore, la Chine a lancé une alternative nationale au NASDAQ. Les dirigeants, les législateurs, les banquiers, se pressent donc aux portes de ces poules aux œufs d’or pour les convaincre de revenir se coter sur le marché national. Selon certains analystes, les entreprises pourraient rapidement se retrouver prises entre le marteau et l’enclume et devoir arbitrer entre un choix politique et un choix économique avant le grand saut de l’introduction en bourse.

« Dans sa tentative de créer la prochaine génération de licornes, la Chine a ironiquement injecté du nationalisme dans son processus de développement », explique Brock Silvers, dirigeant d’une entreprise de conseil en investissement établie à Shanghai, au South China Morning Post. Il ajoute « L’avantage des Etats-Unis en termes d’innovation résulte précisément de la liberté de son offre, via ses marchés boursiers ». Un autre expert met en garde de manière assez claire : « Suivre la ligne du gouvernement plutôt que le sens des affaires ne va pas encourager l’innovation, mais bien plutôt la freiner. »

Les start-ups en croissance rapide représentent le meilleur du pays en termes d’innovation. Elles joueront incontestablement un rôle crucial en générant une forte croissance au sein de l’économie nationale, rien d’étonnant donc à ce que le gouvernement chinois se montre plus qu’enclin à les faire se coter à Shenzhen ou Shanghai aussi vite que possible.

Dernier rebondissement aux Etats-Unis : radier les entreprises chinoises des marchés boursiers américains ?

Le 28 septembre, plusieurs sources américaines font savoir que l’administration Trump envisage de radier les entreprises chinoises des bourses américaines, ce qui constituerait un tournant radical des tensions commerciales entre les deux pays. Cette décision s’inscrirait dans un mouvement plus large pour limiter les investissements américains dans les entreprises chinoises, décision qui serait motivée par l’inquiétude croissante que suscitent les activités entreprises chinoises en termes de sécurité pour le territoire américain. Les indices boursiers américains ont chu à l’annonce de cette nouvelle, et les actions d’Alibaba Group Holding, JD.com, Baidu ont vu leur cours baisser d’entre 4% et 7%.


[1] Les certificats représentatifs d’action chinois sont les parts dans des entreprises non-chinoises qui se vendent sur le marché boursier chinois.