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Une première phase de test lancée à Shenzhen

Le 10 octobre, la People’s Bank of China (PBoC, la banque centrale de Chine) a émis pour une valeur de 10 millions CNY (1,5 million USD) de sa monnaie numérique, remis à 50 000 personnes tirées au sort dans la ville de Shenzhen : il s’agit là du premier test public de cette monnaie numérique officielle. Un mois plus tard, cette monnaie a été utilisée dans 3,13 millions de transactions, pour une valeur de plus d’un milliards CNY. Un des vice-gouverneurs de la PBoC, Fan Yifei, s’est félicité de ces « progrès positifs » constatés durant cette phase de test. Il a ajouté que les utilisateurs avaient créé plus de 113 300 porte-monnaies digitaux personnels et environ 8 800 portemonnaies numériques d’entreprises. Le gouvernement municipal de Shenzhen a par ailleurs utilisé le yuan numérique pour récompenser 5 000 travailleurs de la santé confrontés à la pandémie de Covid-19.

Source : cgtn.com

Le yuan numérique, une extension du pouvoir régalien de l’Etat chinois

A la fin du mois d’octobre, la banque centrale a publié une proposition de loi pour doter la monnaie virtuelle chinoise d’un statut légal, et pour la première fois, le yuan numérique a été inclus et défini comme partie intégrante de la monnaie fiduciaire nationale officielle. Le document interdit aussi à toute tierce partie d’émettre des tokens adossés à cette monnaie virtuelle pour remplacer le yuan sur le marché. Enfonçant le clou, Mu Changchun, directeur de l’unité de recherche de la PBoC rappelle : « WeChat Pay et Alipay sont seulement des portemonnaies, tandis que le yuan numérique est l’argent qui se trouve à l’intérieur. Il n’a pas de concurrent ». Rappel qui a le mérite d’être clair sur qui fait quoi dans le système bancaire chinois, et qui a la prééminence. Cette citation résonne d’autant plus à la suite de la suspension de l’IPO de l’entreprise Ant Digital de Jack Ma par les plus hautes autorités bancaires chinoises, suspension qui a fermement recadré le monde des fintech chinoises, leur rappelant qui décide de la libéralisation du système : pas elles, mais le politique.

Un outil pour le contrôle des paiements numériques et contre la « dollarisation » de l’économie

Source : Wall Street Journal

Dans les jours qui suivent, c’est l’ancien gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, resté en poste 16 ans (2002-2018), qui s’exprime et explique que la monnaie digitale officielle a été conçue en premier lieu pour faire croitre les paiements pour les achats de détail depuis les foyers, et empêcher la prédominance du dollar américain dans les transactions, plutôt que pour contrer les risques que représentent les cryptomonnaies. En cela, les objectifs chinois affichés divergent de ceux des autres pays du G7 : « ce qui les préoccupe c’est principalement de gérer les défis causés par Libra, le bitcoin et d’autres monnaies digitales cryptées ». Mu Changchun souligne néanmoins que « la gestion centralisée du yuan digital sera très efficace pour lutter contre les cryptomonnaies et les monnaies numériques de type Libra, et empêcher l’érosion du pouvoir d’émission de la monnaie ».  

Un système centralisé supervisé par la banque centrale ?

Parmi les autres objectifs clairement évoqués par le gouvernement pour la promotion de cette monnaie numérique figurent le remplacement de l’argent liquide et le maintien du contrôle gouvernemental sur la monnaie, sous toutes ses formes. Le yuan digital sera distribué par la banque centrale à des fournisseurs de second rang autorisés, au nombre desquels les grandes banques détenues par l’Etat, les opérateurs télécom contrôlés par l’Etat et les opérateurs de paiement en ligne tels que Ant Group et Tencent. « Les relations entre les institutions et les fournisseurs de second rang ne sont pas des relations de grossiste à détaillant », a souligné Zhou Xiaochuan. La PBoC se porte en effet garante de la valeur du yuan numérique avec des mesures de supervision qui incluent des exigences spécifiques en termes de réserves et de capital.

Une large responsabilité pèse sur les « distributeurs » officiels.

La répartition des responsabilités est claire : si échecs ou des défauts de paiements il y a au sein de l’un des schémas de la monnaie digitale, l’institution de second rang est tenue pour responsable en tant qu’acheteur. En effet, « si un phénomène de panique bancaire se produit, avec des retraits en masses, ce sont les institutions de second rang qui sont concernées, pas la banque centrale », poursuit Zhou Xiaochuan. Les institutions de second rang seront aussi tenues pour responsables du maintien de la confidentialité des données utilisateurs, bien que les données de paiement soient garanties par la banque centrale uniquement. « Nous avons pour mandat de bâtir une base solide pour les achats de détail sur le plan national, et concernant les paiements transfrontaliers, nous devons nous concentrer sur les secteurs les plus concernés comme le tourisme », termine Zhou.